Au fil de l'autre

Carnet de notes de mes explorations: filage et tissage

Peigne envergeur: le retour!

3.11 Je reviens à mes premières amours: le métier à peigne envergeur (PE), alias Rigid Heddle (RH). Depuis que j'ai acheté le Jane (Louet), métier de table, j'ai beaucoup hésité à revendre le Harp de Kromski (PE). Bien m'en a pris. Je l'ai toujours et je vais pouvoir me relancer dans cette mouvance.

Lors d'un récent séjour au lit pour un lumbago (ô vieillesse ennemie), j'ai remis de l'ordre dans mes notes. D'habitude je vis plutôt le syndrome du Chaperon rouge en tissage: je baguenaude dans la forêt en oubliant le sentier; fleur après fleur, je me retrouve au milieu des taillis denses et sombres. Cela m'amuse de courir après le vent en tissage, sautant d'un projet à l'autre, mais de temps en temps, je reviens au chemin que je me suis tracé. Dont acte cette semaine.

J'ai par exemple retrouvé mes notes de visionnages des vidéos de Deborah Jarchow, de Liz Gipson, de Jane Patrick, toutes tisserandes émérites qui ont quitté le monde du tissage au métier classique. J'ai revu leurs superbes réalisations.

J'avais abandonné le peigne envergeur l'année passée, déçue par mes oeuvres: trop "guenilles" à mes yeux. J'acceptais qu'en noviciat je ne puisse arriver à mes attentes en un si court laps de temps, mais je bloquais dans mon évolution. J'ai donc acheté le Jane. J'en suis contente, mais lâcher le PE était une erreur de stratégie: ce n'est pas le type de métier qui était en jeu, c'étaient d'autres paramètres:

  1. Je n'ai que rarement suivi les modèles proposés, je remplaçais les fils par mes filés main, irréguliers, aléatoires. Grooosse erreur. J'obtenais un effet saori, ce que j'appelle "guenille" pour mon travail. Pas un tissu, quoi.
  2. Je mélangeais les types de fibres, forte des suggestions de ces profs: "allez-y, laissez-vous aller, improvisez!". Ce qui est léger de leur part, car elles n'envisagent pas qu'on n'a pas les mêmes prérequis qu'elles quant à la densité, au comportement des fils, entre autres. Je n'étais pas prétentieuse à vouloir mélanger les fils, j'ai suivi de mauvais conseils. On ne peut improviser que quand on connaît bien ses gammes.
  3. Je n'ai pigé que tard le nécessaire rapport d'angle essentiel à la densité. Je jouais au pif. Résultat: guenilles.
  4. J'avais tendance à regarder les oeuvres de mes camarades PE, qui produisaient du "saori-type", càd le prototype que je trouve un peu mou. Qui leur plaît. Pas à moi. J'oubliais ce que j'avais vu chez Jarchow, Patrick, etc. J'en avais conclu que le métier était responsable de ces effets grossiers.

Je suis aussi motivée à retâter de la bête après avoir refait un tour sur le blog ravelry de Jeen, une des tisserandes (hobbyiste) les plus curieuses et partageuses que je connaisse: par ici si vous êtes membre de Ravelry. Elle fait des prouesses techniques en PE.

Au passage, je fais le tri dans mes projets et je retiens au principal, pour ma production personnelle, ce travail-ci: les effets multicolorés avec trames jointes et inclusions - voir le projet "Tissage 4 cadres en soie multicolorée, sergé/toile & inclusions". Que je peux produire en PE tout autant qu'en Jane. Si j'ai acquis assez de métier entre-temps pour produire du tissu convenable, qui se tient, avec le PE.

Je continuerai à explorer le reste, comme on fait ses gammes: les effets dentelle, le grain d'orge, le canevas, le nid d'abeille, la ceinture de moine, etc. Mais c'est bien pour dire de faire ses gammes et d'élargir sa palette de peintre, ses possiblités techniques. Je préfère les jeux graphiques et texturaux aux prouesses techniques. Jeen le fait très bien!